Texte et discours en confrontation dans l'espace européen.
Pour un renouvellement épistémologique et heuristique.

15-18 septembre 2015 (Metz, Université de Lorraine)

 
     
 
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Ce colloque qui aura lieu sur le site de Metz de l’Université de Lorraine s’inscrit dans le cadre des manifestations organisées pour le quarantième anniversaire de la revue Pratiques et de la collection « Recherches Linguistiques », qui commenceront au printemps 2015 avec deux colloques : « Pratiques et l’enseignement du français : bilan et perspectives » (8-9-10 avril 2015), « Apprentissage du langage oral à l’école maternelle. Regards croisés sur un corpus homogène » (11-12 juin 2015). En effet, la particularité des Sciences du Langage à Metz a, depuis leur création, consisté à traiter des théories textuelles et discursives, d’une part, de la didactique du français, d’autre part. Grâce à ses supports éditoriaux et par l’intermédiaire des nombreux colloques organisés par le CELTED (Centre d’études Linguistiques des Textes et des Discours devenu en 2012 l’équipe « Praxitexte » du CREM, Centre de REcherche sur les Médiations) une tradition de dialogues et des confrontations internationales s’est instaurée au fil des années que ces trois colloques entendent poursuivre et enrichir.

 
Démarche & Méthodologie

Devant la dynamique et la diversité que connaissent les théories discursives et textuelles dans l'espace européen, il semble utile aujourd'hui de poursuivre les débats, dans l'esprit des manifestations organisées récemment, mais en renouvelant la méthodologie en vue d'une meilleure articulation et d'un rassemblement des modèles actuellement exploités. S'il paraît toujours utile de confronter des modèles différents, il nous semble encore plus urgent d'envisager, au-delà des affrontements méthodologiques et épistémologiques, ce que nous pourrions appeler une exposition des continuités. La plupart des sommaires de ces vingt dernières années jouent sur les contrastes qui rendent plus lisibles les modèles mis en présence. Or, une histoire contemporaine des idées linguistiques, une «géographie » des champs linguistiques du présent, montre que la diversité ou la profusion des modèles discursifs-textuels constitue une chaîne dont les maillons sont certes parfois contrastés, mais recèlent néanmoins de multiples parentés.

Il n'est pas aisé d'opérer quelque classement ou regroupement que ce soit parmi la diversité des modèles dont il vient d'être question. Si l'on prend néanmoins comme base de réflexion, voire comme a priori épistémologique, la distinction Texte/Discours, qui a l'avantage d'offrir un appui solide, on peut grosso modo catégoriser deux tendances. Soit les modèles ignorent par principe (sociologisant ou historisant) la problématique textuelle, soit au contraire les modèles s'imposent à eux-mêmes une composante textuelle, dès lors qu'ils se situent dans le champ des sciences du langage. Qu'elle relève de la narrativité, de la généricité ou de la connexité, la structure textuelle s'impose alors comme la norme du modèle discursif.

Dans l’espace francophone, les modèles textuels et discursifs sont hétérogènes et instables. Le couple Texte/Discours est soumis à des réflexions épistémologiques et à des heuristiques de traitement extrèmement diversifiées, adossées à des perspectives tantôt historique, politique, tantôt communicationnelle, argumentative, lexicométrique (ou autres). La majorité de ces modèles a émergé dans les années soixante, comme celui de la sémiotique de l'École de Paris (Greimas), de l’analyse du discours (Pêcheux), qui se ramifient aujourd’hui en de nombreux courants inspirés de la linguistique énonciative de Benveniste, ou de la linguistique du texte de Coseriu. Depuis la fin des années soixante-dix se sont multipliés des travaux non seulement en analyse du discours (Maingueneau, Charaudeau, Authier-Revuz, Guilhaumou, Achard, Moirand, Peytard, Branca-Rosoff, Amossy, Paveau, Rosier) et en linguistique textuelle (Adam, Petitjean, Slakta, Achard-Bayle, Lundquist, Rabatel, Jeandillou), mais aussi en grammaire de texte (Charolles, Combettes), en analyse des interactions orales (Kerbrat-Orecchioni, Traverso), en sémantique interprétative (Rastier), en sémiotique du discours (Fontanille, Zilberberg, Coquet, Bertrand), interactionnisme socio-discursif (Bronckart), pragmatique (Moeschler), modèle modulaire (Roulet), praxématique (Siblot, Bres, Détrie), théorie du discours social (Angenot).

Derrière cet éclatement des pratiques et des méthodologies, de nombreux principes sous-tendent les fondements du couple Texte/Discours. Bien que toutes ces théories du discours et du texte, qui ne relèvent pas des mêmes disciplines ou domaines, dialoguent rarement entre elles, on peut néanmoins admettre que plusieurs principes de regroupement sont à l’oeuvre simultanément et à différents niveaux de textualité et de discursivité dont elles cherchent à rendre compte. C’est ce dialogue que nous voudrions instaurer dans ce colloque, entre les modèles francophones que nous venons de citer, mais aussi en cherchant à établir des passerelles avec d’autres modèles européens, encore peu connus en France, comme ceux développés aux Pays-Bas et en Angleterre dans le cadre de la Critical Discourse Analysis (Fairclough, Wodak, Van Dijk), ou ceux de Halliday & Hasan (Cohesion in English), considérés comme pionniers pour l’analyse des marques de cohésion, relayés par ceux de Brown & Yule (Discourse Analysis), ou encore de Van Dijk et Kintsch (modèle propositionnel) pour la compréhension du texte. En Italie, le texte a toujours occupé, dans une perspective interprétative, le devant de la scène sémiotique (Eco), tout comme en Allemagne avec les travaux menés par Busse, Ehlich, Jäger, Link, Bublitz et Diaz-Bone, Keller, dont certains sont influencés par le poststructuralisme américain, mais dans le sillage herméneutique de Heidegger, Gadamer, Habermas et ensuite Foucault. Des ponts pourraient aussi être établis avec la théorie des hégémonies de Laclau et Mouffe, très peu diffusée en France également, et avec l'école viennoise De Beaugrande, Dressler, ou encore avec l'école de textologie hongroise contemporaine, dans la lignée de Petöfi.

Les collaborations interdisciplinaires autour du couple Texte/Discours apparaissent donc comme de plus en plus urgentes, en vue d’un renouvellement des heuristiques et des problématiques. Notre objectif est de chercher à dépasser les barrières linguistiques et culturelles qui se sont peu à peu imposées comme un obstacle à la circulation de la pensée scientifique entre ces différents modèles, aujourd’hui éclatés en de nombreuses écoles et théories aux pratiques différentes. Au-delà de la présentation des théories, des domaines, de l’explicitation de leurs principales références et de leurs notions clefs, l’enjeu de ce colloque est de faire ressortir de nouveaux questionnements. Plutôt que de s’en tenir à un état de la question ou à un historique des recherches qui se sont accumulées dans ces différents domaines, l’objectif sera plutôt d’aborder de nouveaux observables, sous un angle plus fédérateur, ou de proposer des outils méthodologiques et des catégories descriptives innovantes, susceptibles de favoriser les échanges. On attend que ce dialogue contribue à l’émergence de modèles plus homogènes, par des linguistes ou des sémioticiens se réclamant de différentes « traditions ».

 
Organisation des interventions

D’une part, on demande aux intervenant-e-s non seulement de se situer dans leur propre champ, mais de se positionner par rapport à d’autres modèles.

D’autre part, on demande aux conférenciers-ères d’aller dans le sens d’une articulation, si ce n’est d’un rapprochement de leurs points de vue, de mettre en oeuvre un face à face « collaboratif », plutôt que de s’en tenir à une simple juxtaposition de leurs approches respectives.

Les interventions pourraient s’efforcer de répondre notamment aux questions qui suivent :

Sur quelle(s) nouvelles base(s) peut-on maintenir l’opposition Texte/Discours ?

Comment faire émerger de nouvelles catégories descriptives en faisant dialoguer les théories, les domaines ou les courants ? À partir de quelles nouvelles catégories textuelles et/ou discursives peut-on faire converger les modèles ?

Compte tenu du fait que certains concepts instrumentaux ont épuisé leur valeur heuristique, les recoupements disciplinaires, capables d’articuler des savoirs qui n’étaient pas a priori conciliables, sont-ils susceptibles de créer leurs propres problématiques et de définir des objets sémiotiques nouveaux ?

Comment ces confrontations entre différents modèles peuvent-elles renouveler des concepts qui se sont imposés à une époque avant de s’user et de disparaître ?

Les concepts issus des pratiques textuelles relatives essentiellement à l’écrit sont-ils transposables à l’oral ?

La transition vers le numérique permet-elle de renouveler les disciplines et de faire émerger de nouvelles cultures, manifestées par le biais de nouvelles pratiques signifiantes ?

Les possibilités offertes par le traitement automatique du langage et notamment les techniques d'exploitation des grands corpus favorisent-elles de nouvelles alliances permettant de forger de nouveaux concepts opératoires mieux adaptés à leurs spécificités ?

On pourrait aussi interroger l’héritage de certains modèles européens et leur réinscription en Amérique latine, par l’analyse du discours et la sémiotique. Comment ces filiations (qui ont leur histoire et obéissent notamment à des contraintes sociologiques et idéologiques) peuvent-elles renouveler le développent de l’analyse des discours et des textes ?